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Rêver d’un monde plus juste avec Muse L’Artiste

Muse L’Artiste est artiste, productrice, auteur-compositeur, pianiste et une «flopée d’autres choses » ; aussi et surtout, une rappeuse dont le single Losing my head, disponible sur les plateformes de streaming, est l’avant goût d’un album à venir, Mirror Identity


Mais Muse L’Artiste n’a pas toujours été – il y a d’abord eu Afro Diamond et avant ça, une passion indescriptible pour la musique. 

« Ça a toujours été en moi, depuis petite. C’est un cliché, pourtant c’est vrai. Tous les dimanches à la maison, c’était journée musique. Mon père jouait des CDs ou des vinyles à fond et c’était le bonheur absolu pour mes sœurs et moi. Le makossa, la soul, le funk, le R’n’B, la country, les classiques de la chanson française… tout cela m’a donné un énorme bagage musical. » 

Un bagage comme un précieux trésor. À cinq ans, elle commence les cours de piano et à 11 ans, elle approfondit les bases avec des cours de programmation musicale. C’est alors que l’attrait du hip hop se fait sentir de plus en plus fort. Ce sont les années 90 et le rap, sorti de son carcan de ciment, déchaîne les passions. 

« Je passais mon temps sur MTV Base. Mon prof était un DJ hip hop et la plupart de mes ami.e.s ne vivaient que pour la culture hip hop. Les choses se sont faites naturellement. »

Muse qui n’est pas encore Muse s’essaye à la production, pose sa voix sur ses beats et s’envole d’opportunités en opportunités. Elle enchaîne les concerts, collabore avec Manu Dibango et Femi Kuti, chante sur scène avec Vitaa et Diam’s, le tout avant même d’avoir 21 ans. 

Aux origines : d’Afro Diamond à Muse L’Artiste 

Rembobinons – le choc émotionnel et vocal survient tôt lui aussi. Se passionner pour la musique est une chose. Avoir la certitude de son talent en est une autre. 

« J’ai 11 ans lorsque j’arrive au collège. Mon prof de musique n’y met pas les gants et me demande de chanter Le Sud de Nino Ferrer devant toute la classe. »

Ce qui aurait pu être un grand traumatisme se transforme en révélation. 

« Je ne m’étais jamais entendue dans un micro et là pour la toute première fois je découvre le son de ma voix. Il s’est passé quelque chose, je ne savais vraiment pas comment gérer. »

La suite est sans équivoque. La même année, elle chantera devant une foule de 400 personnes au concert de fin d’année de son collège. Au son d’Upside Down de Diana Ross, elle donne le vertige à son public. 

« C’était incroyable ! C’est à ce moment que j’ai réalisé que partager une expérience avec un public était quelque chose que j’avais envie de continuer. Je voulais simplement reproduire ces moments d’émotion encore et encore. » 

Alors l’artiste se cherche en même temps qu’elle grandit et se fait femme. Elle veut conquérir le monde et se morphe en Afro Diamond. 

« Afro Diamond est arrivée à un moment de ma vie où j’avais besoin de projeter une image extrêmement forte. En réalité c’était une carapace. Elle m’a permis de m’exprimer, de faire trembler mon monde. » 

Avec Afro Diamond, l’artiste fait un mélange des cultures qui l’influencent et livre le single Who’s she? en 2013 dont les percussions entêtantes se font l’écho de la question qu’elle martèle – qui est-elle ? – alors que la basse complimente sa voix profonde. 

« Les classiques soul, la Motown, Sade, le funk, le R’n’B sont des influences majeures sur mon parcours. Chanter en anglais aussi est le résultat direct de ces influences et de mes nombreuses collaborations avec des artistes britanniques ou américains. Mon cerveau a fait l’échange et j’ai commencé à penser en anglais… ce qui aide lorsque l’on rêve d’une carrière hors de France. » 

Un an plus tard, la chanteuse réitère avec Prisoner, une ode à l’amour dévorant qui consume tout sur son passage. Enfin, What’s goin’ on interroge le monde dans une ballade soul rythmée. Trois morceaux qui complètent la tracklist de The Journey, un premier album aux racines afro soul comme le décrit la chanteuse qui place ce dernier au carrefour de toutes ses influences. Mais Afro Diamond est arrivée à destination. Une ère se termine là où en commence une autre. 

« Après quelques années dans la peau d’Afro Diamond, je me suis sentie enfermée, étriquée. C’était devenu trop restrictif. Entre The Journey et Losing my head, je suis devenue maman, j’ai pris le temps pour ma famille et surtout pour me recentrer sur moi-même. C’est à travers ce processus que je suis devenue Muse L’Artiste. » 

Une pause plus que bénéfique qui la ramène à ses premières amours : le hip hop. Muse parle d’une culture vraie qui aborde des sujets qui lui tiennent à cœur. Elle grandit dans les années 90, l’âge d’or du rap français qui explose et affole une société française qui s’imagine volontiers douce et accueillante. MC Solaar, NTM, IAM, le Ministère A.M.E.R.E, Doc Gynéco éventrent les maux d’une jeunesse en mal de justice à coup de poésie et les laissent béants aux yeux de tous. Un cri primal qui résonne en Muse L’Artiste qui élève la voix contre toute forme d’oppression.  

« Ça me vient de ma mère. C’est une rebelle qui s’est battue pour tout, qui défend toujours les plus faibles. J’exècre l’injustice et pour moi c’est ça le vrai hip hop. C’est le thermomètre d’une époque et d’une génération. » 

Losing my head est le premier single de Mirror Identity, un album comme une réflexion de l’expérience millennial vue au travers des siennes propres. En collaboration avec le rappeur Uhmeer, Losing my head est un hommage à l’homme noir. Sur un beat aux accents funk, les deux artistes célèbrent la black excellence dans une ambiance d’insouciance libératrice. 

« J’ai composé Losing my head en 2018. J’étais de bonne humeur, l’inspiration m’est venue comme ça et tout a suivi. C’était super simple. Travailler avec Uhmeer aussi. Quand je l’ai entendu pour la première fois, j’ai su qu’il était la pièce manquante à mon morceau. Je l’ai contacté, il a dit oui. Le tour était joué. » 

Mirror Identity est un album personnel mais il faudra jouer de patience avant d’en entendre les premières notes. Les priorités de Muse L’Artiste ont dû évoluer avec un autre projet qui verra le jour bien avant. 

« Les opportunités arrivent lorsque l’on s’y attend le moins. C’est une période très excitante en ce moment ! » 

De l’autre côté du miroir 

Muse L’Artiste a plus d’une flèche à son arc. Avec son mari, elle a fondé Indimore, un label qui s’est peu à peu reconverti dans l’édition musicale* avec une vingtaine d’artistes sur son roster.

« C’est un domaine que j’affectionne tout particulièrement. J’aime accompagner, pousser de jeunes artistes, leur obtenir des opportunités. C’est vraiment comme mes bébés. » 

En tant qu’artiste et productrice, Muse se laisse porter par sa créativité et navigue les moments de silence et ceux où son art détonne. 

« L’inspiration, je la laisse venir à moi. Je ne force rien sinon ça ne marche pas. La plupart des producteurs agissent comme s’il fallait créer tous les jours. Je déteste ça. Il m’est arrivé de ne rien produire pendant deux ans. Je ne stresse pas. J’attends, j’écoute mes émotions et j’emmagasine ce que le monde a à me dire. Et un jour, ça explose et je t’écris dix chansons d’un coup ! » 

Un processus créatif qui n’en est pas un et qui jure avec les standards d’une industrie impitoyable et vorace en talents. Muse en a fait l’expérience lorsqu’elle plaque tout presque du jour au lendemain et part s’installer à Los Angeles alors qu’elle n’a que 21 ans. Un saut dans l’inconnu formateur qui l’aide à se trouver mais aussi à éviter les écueils qui attendent un bon nombre d’artistes qui débutent dans le milieu – particulièrement lorsque l’on est une jeune femme. 

« Le hip hop, mais l’industrie de la musique en générale, est dominé par les hommes. Adolescente, j’ai eu de la chance. J’ai été entourée de grands frères bienveillants. J’ai été relativement protégée… ce que j’ai fini par trouver parfaitement normal. C’est quand je suis partie aux Etats-Unis que j’ai été confrontée à la réalité du monde de la musique. Entre signature de mauvais contrats, propositions indécentes, déceptions, j’ai appris beaucoup de leçons. Je me suis forgée. » 

Muse L'Artiste - photo support

Muse est un ovni de son propre aveu. Avec un physique fait pour le mannequinat, une voix essentiellement neo-soul, rappeuse, productrice, elle est une contradiction déroutante pour un monde qui dissèque et catégorise à coups d’algorithmes. Mais en délaissant la cabine d’enregistrement pour la table de mixage, elle s’empare fermement des reines conceptualisant chansons et albums de la note jusqu’au thème.

« Pour moi, produire, c’est accompagner un artiste de bout en bout, que ce soit la vision du projet, sa composition. Il faut penser au fil rouge, comment les chansons, les interlude s’imbriquent les uns avec les autres. » 

Un talent que l’artiste n’a pas reconnu comme tel avant longtemps. Le manque de représentation a un effet incontestablement désastreux sur nos imaginaires, nous poussant à intérioriser des limites là où d’autres jouissent d’une assurance sans faille.  

« J’ai commencé à produire très jeune, avant même de partir aux USA. J’ai bossé avec beaucoup de rappeurs français ou américains. Mais pendant longtemps je ne me suis pas considérée comme étant productrice. Il y a tellement peu de femmes qui me ressemblent dans le milieu que tu ne rends même pas compte que c’est ce que tu es en train de faire ! » 

La leçon est bien apprise : (re)connaître ses compétences. Valoriser ses services. Laisser sa marque.

« On se laisse avoir par notre nature aidante et maternante, nous les femmes. Je ne me suis rendu compte de la valeur et de la signification de mon travail de productrice il y a peut-être deux ans ! Dans ma tête, j’aidais à arranger un album alors que dans les faits, j’en assurais la production – tout un monde ! » 

Pour Muse, être une femme dans l’industrie musicale demande de garder la tête sur les épaules en toutes circonstances. Les abus sont légion et les jeunes femmes, des victimes toutes désignées. 

Muse L'Artiste - photo support

« J’ai connu les deux côtés de l’industrie – la bienveillance et l’abus. J’ai moi-même évité des situations très délicates alors que je débutais. En passant de l’autre côté du miroir, je me suis énormément documentée. C’est pour ca que j’apporte mon aide à d’autres artistes qui n’ont peut-être pas les mêmes armes pour qu’ils ne commettent pas les mêmes erreurs que moi. »

 

La preuve s’il en est d’une âme fondamentalement altruiste. D’ailleurs lorsqu’on lui demande le message qu’elle souhaite faire passer avec sa musique, la réponse ne se fait pas attendre.

« La notion de justice – sociale, environnementale, dans le couple, etc. Bien sûr, il y a toujours l’optique de s’amuser avec les mots, les expressions… mais la justice d’abord. » 

Il y a certainement une nouvelle Muse à Los Angeles, mais peut-être bien que la Cité des Anges abrite une nouvelle gardienne en ses rangs. 


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ALLER PLUS LOIN

  • Quelle est la collab que tu rêverais de faire ?
    • Denzel Curry, rappeur américain avec une vibe proche de celle de DMX que je kiffe trop 
  • Quels sont les artistes qui m’inspirent le plus ?
    • Je suis tombée amoureuse à vie de Marvin Gaye.
    • Ma deuxième mère, Whitney Houston. 
    • Sade et plus particulièrement, By Your Side, grâce au lavage de cerveau de mon père.
  • Des recommandations musicales ?
    • Denzel Curry 
    • Glam
    • Morray
    • Jay Rock  
    • Lil Simz
    • Anderson .Paak  
  • Ta playlist du moment ?
    • C’est ma playlist sport. C’est une playlist super positive, que du boost. Ça me met bien. C’est un mix de makossa, d’afrobeats avec du Mister Easy, Burna Boy, Drake parce qu’il me fait juste viber, Kanye et Jay Rock. 

*L’édition musicale est un travail qui consiste à acquérir, administrer, commercialiser et promouvoir des œuvres musicales